Semaines du 8 et 15 novembre : PLFSS et PLFR

Projet de loi de financement de la sécurité sociale

La semaine du 8 novembre aura été principalement consacrée à l’étude du PLFSS, pour aboutir au vote d’un texte profondément modifié mardi 16. Ce projet de loi de financement de la sécurité sociale anticipe un déficit de 20,4 Md€ pour le régime général en 2022. Quelques 5 Md€ restent provisionnés pour faire face aux suites de la crise du Covid-19. Si ce déficit traduit l’effort consenti pour protéger les Français dans la crise de la COVID, il révèle aussi des difficultés structurelles majeures de notre système de santé.

Les chapitres relatifs aux recettes et à l’équilibre des comptes de la Sécurité sociales ont été modifiés, afin d’assurer de nouvelles recettes à l’assurance maladie, en faisant contribuer tous les acteurs de la santé, tout en refusant le dévoiement de la caisse d’amortissement de la dette sociale (Cades) et en dénonçant l’absence de stratégie de retour à l’équilibre des finances de la sécurité sociale. Les principales mesures sont les suivantes :

  • doubler la contribution exceptionnelle des organismes complémentaires d’assurance maladie au profit de la branche maladie pour l’exercice 2021 ;
  • faire compenser par le budget de l’Etat la dotation de la sécurité sociale à Santé publique France ;
  • supprimer l’article 5 du PLFSS qui visait à organiser la reprise de la dette hospitalière, cette dernière devant être assumée par l’État ;
  • relever l’ONDAM (objectif national des dépenses d’assurance maladie) de 1,7 Md€ ;
  • supprimer la trajectoire financière pluriannuelle de la sécurité sociale présentée par le Gouvernement, qui prévoit de lourds déficits (15 Md€) au moins jusqu’en 2025 sans stratégie de retour à l’équilibre.

Le Sénat a supprimé le transfert d’1 Md€ de la branche famille à la branche maladie en 2022 pour dénoncer le manque de mesures prises par le gouvernement durant cinq ans en faveur de la politique familiale. Sous le quinquennat de François Hollande, plusieurs mesures ont fait décrocher la natalité : baisse répétée du quotient familial (2013 et 2014), modulation des allocations familiales selon les ressources du foyer (2014), congé parental partagé (2015). Cette politique n’a pas été revue sous le quinquennat d’Emmanuel Macron et de nouvelles mesures ont continué à grever les finances des familles avec de jeunes enfants : baisse du complément modes de garde (2018), faible revalorisation de l’ensemble des allocations perçues par les familles (2019, 2020, 2021). La baisse de la natalité ces dernières années entraîne une baisse mécanique de la charge financière pour la branche famille de la Sécurité sociale (moins d’ayants droit). Le gouvernement aurait pu faire le choix d’utiliser ces marges de manœuvre pour donner un coup de pouce significatif aux familles : revalorisation des allocations familiales, revalorisation des aides aux modes de garde. Le déclin démographique affectera le financement tout entier de la sécurité sociale dès 2030. Quant à l’équilibre du régime des retraites, il ne dépend pas uniquement de l’augmentation de la durée de cotisation, mais également du nombre de cotisants. La chute de la natalité entraînera mécaniquement une augmentation des taux ou une augmentation de la durée de cotisation.

Branche autonomie. Le Sénat, qui avait alerté depuis longtemps sur « les oubliés du Ségur » a voté l’amendement gouvernemental étendant les revalorisations salariales du Ségur de la Santé à 20 000 salariés supplémentaires dans les établissements pour personnes handicapées. Le Sénat a également voté en faveur de l’installation d’un comité de suivi de ces questions, ainsi que d’une conférence nationale de l’autonomie.

Branche maladie. Du côté de l’organisation des soins, le Sénat a inséré dans le projet de loi la création de « zones franches médicales » dans les déserts médicaux, sur le modèle des zones franches urbaines. L’autorisation pour les orthoptistes de prescrire des lunettes a été adoptée au Sénat, malgré des réserves sur cette solution. Les sénateurs ont renforcé l’exigence de qualité des soins, dans l’article. Les sénateurs ont donné leur accord à de nombreuses autres dispositions du texte : le remboursement de la contraception pour les femmes jusqu’à 26 ans, la pérennisation de l’expérimentation des « haltes soins addictions » ou salles de shoot, ou encore la création d’un « accès précoce » aux traitements médicaux innovants ayant reçu un avis favorable de la Haute autorité de santé mais n’ayant pas encore fait l’objet d’un contrat commercial. Le Sénat a également voté l’amélioration du dispositif permettant la prise en charge par l’assurance maladie de prestations d’accompagnement psychologique.

Branche vieillesse. La principale mesure d’économie reste celle introduite par le Sénat pour rééquilibrer les régimes de retraite : la majorité sénatoriale a voté en faveur d’un relèvement de l’âge légal de départ à 64 ans, avec un report progressif de l’âge légal de la retraite de 62 à 64 ans à compter de la génération 1966. Une convergence des régimes spéciaux avant 2032 a également été adoptée.

Les sénateurs ont dénoncé l’absence de stratégie de retour à l’équilibre des finances de la sécurité sociale. Si des réformes claires et à effet immédiat ne sont pas envisagées, c’est tout notre système de santé et donc la santé des Français qui pourrait être mis en péril.

Second projet de loi de finances rectificative pour 2021

Mercredi 17, le Sénat a débattu du second projet de loi de finances rectificative pour 2021 (PLFR). Le texte déposé par le Gouvernement, très peu modifié à l’Assemblée nationale, prévoit :

  • l’ouverture de crédits à hauteur de 3,6 Md€ pour financer l’indemnité inflation en soutien au pouvoir d’achat des citoyens dont le revenu individuel net mensuel est inférieur à 2 000€ ;
  • des annulations de crédits compte tenu de l’amélioration de la situation sanitaire au cours des derniers mois ;
  • des ouvertures de crédits permettant de financer certains opérateurs de l’État qui ont dû faire face à des pertes de recettes exceptionnelles compte tenu de la crise sanitaire, pour un total de 2,6 Md€.

Le PLFR corrige aussi la prévision de croissance du PIB à + 6,25 %. Le déficit budgétaire s’établit dans ce texte à 181,3 Md€, en amélioration de 9,9 Md€ par rapport à la première loi de finances rectificative. Cette hypothèse de croissance est très pessimiste puisqu’il est déjà acté que la croissance sera d’au moins 6,6 % en 2021. Le Gouvernement pourra ainsi constater des recettes supplémentaires en fin d’exercice.

Ce PLFR n’est pas sans soulever des questions malgré le nombre restreint de ses articles. J’ai eu l’occasion de les présenter.

Le texte adopté par le Sénat poursuit l’annulation des crédits non consommés et remplace la prime inflation par un dispositif plus ciblé. On ne peut pas faire un chèque en bois de 100 euros à 38 millions de Français.

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